Landscapes 2015

LANDSCAPES

Cette exposition n’aurait pas trouvé meilleurs endroit que le château de Bourlingster pour y présenter les œuvres d’une trentaine d’artistes venus de la Grande Région (Luxembourg – Allemagne – Belgique et France). L’endroit est des plus pittoresque !

L’exposition tout entière est consacrée au paysage, genre qui stimule toute forme d’ «artialisation » comme en témoignent les travaux présentés. C’est intéressant de voir comment les artistes interrogent la nature et comment ils nous la restituent. Les résultats, très riches et diversifiés, procèdent de courants figuratifs, expressionnistes, abstraits, informels… Ils font appel à la peinture, l’aquarelle, la gouache, la lithographie, la photographie, la sculpture ainsi que différentes techniques mixtes.

Parmi les courants figuratifs classiques, nous trouvons principalement des artistes, nés au XIXème siècle, qui ont connu un succès variable selon les époques et reviennent aujourd’hui avec le retour du figuratif (Guido Oppenheim 1862-1942 ; Jean-Pierre Lamboray 1882-1962 ; Jos Sunnen 1894-1969 ; Félix Glatz 1894-1953). Leurs tableaux sont de bonne facture, ces artistes sont de subtils coloristes qui maîtrisent bien la lumière, savent rendre une atmosphère, saisir le caractère d’un lieu. Leur figuration ne confine pas à l’illusionnisme mais traduit plutôt une figuration expressive et sensible.

Sosthène Weis (1872-1941) s’affranchit nettement de la référence objective au sujet. On devine encore le paysage, qui est plus suggéré que représenté par le jeu des couleurs qui se fondent entre-elles. Nombreux sont les artistes dont les travaux se situent dans l’immense champ des possibilités offertes entre la figuration illusionniste et une totale abstraction. On peut citer Jean-Marie Biwer, Martine Daniels-Marson, Jack Hironmus, Lynn Marx, Pitt Moog, Moritz Ney et Charly Reinertz. En se libérant des contraintes liées à la stricte figuration, ils mettent l’accent sur ce qui est vraiment essentiel. Ce qui est important ce n’est pas la copie servile du sujet mais les forces sous-jacentes qui l’animent, ces forces que les artistes voient et nous donnent à voir, chacun avec son style et sa sensibilité.

D’autres vont plus loin encore et adoptent une esthétique purement abstraite (Sibylle Feidt, JeanFetz, Yvette Rischette et Paul Roettgers). L’artiste dépeint ce qu’il ressent intérieurement devant le paysage plutôt que le paysage lui-même. Cela donne des résultats étonnants, très différents les uns des autres. Ainsi, on peut parler d’expressionnisme abstrait pour les œuvres de Jean Fetz, ou d’abstraction allusive chez Paul Roettgers car on devine encore la topographie d’un territoire. Le spectateur va lui aussi se forger sa propre représentation où toutes les spéculations sont permises.

Alain Auffray, Patrick Charpentier, Dieter Framke et Théo Jacobi, restés attachés à la figuration, proposent une vision esthétique source d’expression poétique, symbolique ou métaphorique dans des réalisations minutieuses et originales.

La sculpture est représentée par des œuvres de Lony Hirtz, artiste fidèle au LAC, qui poursuit inlassablement ses recherches. Elle présente un ensemble intitulé Pays sages, composé de douze éléments distincts qui pourraient tout aussi symboliser des fleurs ou des arbres. Les références à la nature sont multiples et s’opèrent naturellement. Pierre Doome expose L’Esplumoir de Merlin l’Enchanteur situé à mi-chemin entre la sculpture et l’installation. Composée de bois mort, en un certain ordre assemblés, l’œuvre rappelle les cabanes dans les arbres que l’on peut facilement imaginer dans la forêt de Brocéliande.

La photographie n’est pas absente de cette exposition. Isabelle Junck nous offre des vues panoramiques qui traduisent un regard singulier sur une nature minérale que seuls quelques nuages animent . Raymond Clément expose une photographie aérienne du lac de la Haute Sûre. Une habile composition formant diptyque présente deux panneaux qui donnent l’illusion d’une symétrie. L’artiste nous donne à voir ce paysage connu sous un angle insolite et intéressant.

D’autres photographes apportent leur contribution par des œuvres qui sont de véritables mises en scène. Des mannequins sans tête prenant la pose dans des paysages déserts de Bruno Westerhausen. Chez Thomas Brenner, ce sont d’étranges individus qui s’animent dans l’obscurité autour de volumes géométriques diffusant une lumière spectrale. Ces deux artistes produisent un travail éminemment symbolique dont il n’est pas toujours facile de décrypter le sens et le message.

Dans Luxe, calme et incertitude de Claude Franck, le paysage sert de décors à une situation de guerre. Le paysage devient un territoire placé au cœur des enjeux géostratégiques et humains.

Au-delà des considérations esthétiques, le paysage urbain notamment joue un rôle dans les réflexions environnementales, sociales, économiques et politiques comme on peut le voir dans les oeuvres de Sergio Di Paoli, Rol Steimes, Roman Von Götz et Daniel Wagener. Leurs travaux présentent des aspects de la sidérurgie sinistrée, des friches industrielles, des zones commerciales ou l’habitat social.

Le paysage est un sujet vaste dont les implications sont nombreuses. Les artistes s’en emparent et nous offrent leur regard. Leurs œuvres témoignent d’une grande créativité.

Landscapes 2015

Landscapes
25 €

Commande du livre :
info@lac.lu ou
Letzeburger Artisten Center – L.A.C.
BP 1934
L-1019 Luxembourg

Artistes représentés :

Alain Auffray

Jean-Marie Biwer

Thomas Brenner

Partick Charpentier

Raymond Clement

Martine Daniels-Marson

Sergio di Paoli

Pierre Doome

Sybille Feidt

Jean Fetz

Dieter Franke

Claude Frank

Felix Glatz

Jack Hironimus

Lony Hirtz

Theo Jacobi

Jean Pierre Lamboray

Lynn Marx

Pitt Moog

Moritz Ney

Guido Oppenheim

Charly Reinertz

Yvette Rischette

Paul Roettgers

Rol Steimes

Jos Sunnen

Daniel Wagener

Sosthène Weis

Bruno Westerhausen

Roman Von Goetz